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Blogger performe, oui mais… mobile, Core Web Vitals et indexation

Blogger performe, oui mais…

Pourquoi les bons scores de Blogger ne racontent pas toute l’histoire de son indexation ?

Blogger traîne depuis quelques années une drôle de réputation.

D’un côté, la plateforme reste étonnamment performante lorsqu’on la mesure avec Lighthouse. Dans les données HTTP Archive d’août 2026, son score de performance mobile médian atteint environ 71, ce qui la place devant plusieurs CMS beaucoup plus récents.

De l’autre, les utilisateurs de Blogger sont nombreux à se demander pourquoi certaines pages mettent autant de temps à être explorées ou indexées par Google.

À première vue, les deux constats semblent contradictoires.

Ils le sont beaucoup moins lorsqu’on quitte les tests de laboratoire pour regarder ce qui se passe réellement chez les visiteurs.

HTTP Archive associe les technologies détectées sur les sites avec les données réelles du Chrome UX Report, ou CrUX. Il ne s’agit donc plus d’une simulation Lighthouse, mais d’expériences réellement observées chez des utilisateurs de Chrome. HTTP Archive précise lui-même qu’une corrélation entre une technologie et de bonnes ou mauvaises performances ne suffit pas à démontrer que cette technologie en est la cause. Ces données constituent avant tout un point de départ pour comprendre ce qui se passe.

Et dans le cas de Blogger, le point de départ est franchement intrigant.

Un excellent élève en laboratoire, beaucoup moins sur mobile réel

Les relevés d’août 2026 donnent à Blogger un profil assez particulier.

Mesure Blogger mobile Web mobile Blogger desktop Web desktop
Lighthouse Performance médian ≈ 71 ≈ 49 ≈ 76 ≈ 65
Bons Core Web Vitals ≈ 27 % ≈ 53 % ≈ 58 % ≈ 60 %
Bon TTFB ≤ 800 ms ≈ 3 % ≈ 46 % ≈ 26 % ≈ 58 %
Bon FCP ≤ 1,8 s ≈ 25 % ≈ 58 % ≈ 80 % ≈ 75 %
Bon LCP ≤ 2,5 s ≈ 38 % ≈ 66 % ≈ 79 % ≈ 79 %
Bon CLS ≤ 0,1 ≈ 70 % ≈ 83 % ≈ 69 % ≈ 74 %
Bon INP ≤ 200 ms ≈ 81 % ≈ 80 % ≈ 99 % ≈ 98 %
Le score Lighthouse est une mesure de laboratoire, tandis que les autres valeurs reposent sur les données terrain CrUX. Elles ne décrivent donc pas exactement la même population ni les mêmes conditions de mesure.

Le contraste est encore plus frappant avec le desktop : environ 58 % des origines Blogger passent les Core Web Vitals sur ordinateur, contre seulement 27 % sur mobile.

Autrement dit, Blogger n’est pas simplement "lent".

Son problème apparaît surtout dans les conditions réelles mobiles, et plus particulièrement pendant le chargement initial.

L’INP est même plutôt rassurant. Avec environ 81 % de bonnes expériences, Blogger se situe au niveau du Web dans son ensemble, qui tourne autour de 80 %. L’interactivité une fois la page chargée ne semble donc pas être son talon d’Achille.

Le problème arrive beaucoup plus tôt.

Trois pour cent

Le chiffre qui mérite vraiment de s’y arrêter est celui du TTFB.

Le Time To First Byte mesure le temps écoulé avant que le navigateur commence à recevoir la réponse du serveur. HTTP Archive considère qu’un TTFB inférieur ou égal à 800 ms est bon. À l’échelle du Web mobile, environ 46 % des origines passent ce seuil en août 2026.

Chez Blogger, on tombe autour de 3 %.

Et le TTFB a une particularité : il se trouve au début de presque toute la chaîne de chargement.

Avant de charger l’image principale, la feuille de styles, la police ou le JavaScript, encore faut-il que la réponse initiale arrive.

Le Web Almanac rappelle d’ailleurs qu’un mauvais TTFB rend mécaniquement plus difficile l’obtention d’un bon FCP.

Ce qui correspond assez bien aux autres chiffres de Blogger : environ 25 % de bons FCP et 38 % de bons LCP.

En revanche, une fois la page affichée, les choses se passent beaucoup mieux.

Cela donne un profil assez particulier :

Blogger sait encore faire fonctionner une page correctement. Il semble surtout avoir davantage de mal à la faire arriver rapidement jusqu’au mobile.

Et cette distinction devient importante lorsqu’on commence à parler d’exploration par Google.

Googlebot aussi attend la réponse

Il serait excessif de dire que Blogger possède un mauvais TTFB, donc Google refuse d’indexer les blogs Blogger.

Ce n’est pas ainsi que fonctionne Google.

Mais la documentation officielle confirme quelque chose de beaucoup plus intéressant : la rapidité du serveur influence bien la capacité d’exploration de Googlebot.

Google explique que son exploration est limitée par la bande passante, le temps et la disponibilité de Googlebot. Si le serveur répond plus rapidement, Google peut être capable d’explorer davantage de pages. Si Google détecte au contraire que le serveur peine à répondre, son rythme d’exploration peut être réduit. Le temps nécessaire au serveur pour répondre, mais également le temps nécessaire au rendu des ressources, comme les images et les scripts, entrent dans l’équation.

Cela ne garantit toujours rien concernant l’indexation.

Une URL doit d’abord être découverte, puis explorée, rendue et analysée avant de pouvoir éventuellement être ajoutée à l’index. Google rappelle régulièrement qu’un sitemap facilite la découverte mais ne garantit ni exploration immédiate, ni indexation.

Un mauvais temps de réponse peut donc être vu comme un facteur aggravant situé très en amont du processus.

Il ne décide pas si le contenu mérite d’être indexé.

Mais il peut rendre son acquisition plus coûteuse.

Et depuis 2024, le mobile n’est plus facultatif

Cette faiblesse mobile de Blogger serait déjà gênante dans un Web dominé par les smartphones.

Elle devient encore plus intéressante lorsqu’on regarde ce que fait Googlebot.

Google considère désormais l’indexation mobile-first comme achevée. Depuis juillet 2024, les sites destinés à Search sont pratiquement tous explorés et indexés avec Googlebot Smartphone. Google précise que la version mobile est celle principalement utilisée pour comprendre et indexer le contenu.

Donc le point faible de Blogger se trouve précisément dans l’environnement devenu prioritaire pour Google.

Ce n’est pas la preuve d’un problème d’indexation.

Mais c’est une coïncidence technique difficile à ignorer :

Blogger est nettement meilleur sur desktop que sur mobile, tandis que Google explore désormais le Web essentiellement comme un utilisateur mobile.

Une plateforme qui a changé autour de thèmes qui ont peu changé

Il faut aussi remettre Blogger dans son histoire.

La dernière grande génération de thèmes officiels clairement annoncée par Blogger remonte au 20 mars 2017, avec Contempo, Soho, Emporio et Notable. Blogger les présentait alors comme modernes, adaptatifs et conçus pour mettre les contenus en valeur sur différents écrans.

Neuf ans plus tard, cette génération de thèmes figure toujours parmi les thèmes officiels proposés par Blogger.

Cela ne signifie pas que ces thèmes sont devenus mauvais.

Cela signifie simplement qu’ils sont issus d’une génération technique où le Web n’était pas exactement celui de 2026.

Depuis, sont notamment arrivés ou se sont généralisés le lazy-loading natif, les images responsives, de nouvelles stratégies de priorisation des ressources, de nouveaux viewport units, les Core Web Vitals, l’INP et une approche de plus en plus mobile-first.

Blogger, lui, doit continuer à supporter un écosystème comprenant également des thèmes beaucoup plus anciens, des gadgets historiques et des personnalisations parfois âgées de plus d’une décennie.

À l’opposé, des plateformes comme Wix contrôlent pratiquement toute leur chaîne de rendu et peuvent progressivement déployer des optimisations sur une grande partie de leur parc.

Cela aide peut-être à comprendre pourquoi les courbes des deux plateformes ont pris des directions aussi différentes ces dernières années.

Mais là encore : cela constitue une piste technique, pas une démonstration causale.

2020 : le Web subit un choc

La chronologie devient encore plus intéressante à partir de 2020.

Pendant la pandémie de Covid-19, l’activité en ligne augmente fortement. Une étude portant sur les publications suivies par Altmetric relève environ 12 % de publications supplémentaires provenant des blogs entre mars 2020 et mars 2021 par rapport aux douze mois précédents. Les auteurs précisent eux-mêmes qu’ils ne peuvent pas démontrer que cette hausse est exclusivement due à la pandémie.

Cela ne nous dit absolument pas que Blogger a subi exactement +12 % de charge.

Mais cela montre que l’environnement change.

Au même moment, Blogger commence à moderniser certaines parties de la plateforme. En mai 2020, Google présente une nouvelle interface d’administration responsive, destinée notamment à rendre Blogger plus utilisable depuis les appareils mobiles.

Puis arrivent d’autres transformations, beaucoup plus profondes.

2021 : Blogger commence à déplacer ses images

À partir de 2021 apparaissent les nouvelles URL utilisant blogger.googleusercontent.com.

Les premières migrations provoquent suffisamment de problèmes pour alimenter les forums d’assistance : images cassées, changements d’URL ou incompatibilités avec certains thèmes et scripts.

Blogger finira ensuite par officialiser le nouveau stockage et l’étendre aux anciennes images. Google explique que ce changement de domaine apporte plusieurs avantages de fiabilité : URLs pérennes, indépendance vis-à-vis des modifications Google Photos et gestion centralisée des fichiers.

C’est un changement d’infrastructure important.

Il serait tentant de regarder les courbes de performances Blogger et de conclure :

Les nouvelles infrastructures images ont ralenti Blogger.

Nous n’avons aucune preuve suffisante pour l’affirmer.

Ce que l’on peut dire, en revanche, est que la dégradation des métriques de chargement se produit durant une période où Blogger transforme progressivement une partie de son infrastructure média.

C’est une corrélation qui mérite d’être observée, pas une causalité établie.

Au même moment, les robots anti-spam deviennent très visibles

Une autre évolution apparaît dans les forums Blogger.

Depuis 2021, plusieurs utilisateurs signalent que des blogs légitimes sont bloqués comme spam. Certains viennent d’être créés et ne contiennent pratiquement rien.

Puis, des utilisateurs parlent explicitement de spam-prevention robots et reconnaissent que la détection automatique peut produire de faux positifs.

Ce qui est certain, c’est que Blogger dispose d’une modération automatisée et que ses faux positifs font régulièrement l’objet de signalements de la part des utilisateurs.

En revanche, il serait très hasardeux d’en déduire que ces contrôles ont directement dégradé le TTFB.

Un contrôle anti-spam peut très bien fonctionner lors de la publication et n’avoir pratiquement aucun impact sur le serveur chargé ensuite de servir une page publique.

Il faut donc garder cette évolution comme élément de contexte, pas comme explication technique du ralentissement.

2022–2024 : arrive l’IA générative

Fin 2022, un autre événement bouleverse brutalement la production de contenu en ligne : la démocratisation des grands modèles génératifs.

Cette fois encore, il existe des données mesurables.

Une étude publiée à l’ICWSM a analysé plus de 15 millions d’articles provenant de plus de 3 000 sites. Entre début 2022 et mai 2023, les auteurs observent une hausse de 57,3 % de contenu synthétique détecté sur les sites d’information classiques et de 474 % sur les sites de désinformation, avec une augmentation particulièrement forte chez les petits sites après la sortie de ChatGPT.

Cela ne signifie évidemment pas que Blogger a soudainement été envahi dans les mêmes proportions.

Mais le coût de production de milliers de pages vient de s’effondrer.

Les moteurs de recherche doivent réagir.

En mars 2024, Google met justement à jour ses politiques anti-spam et étend explicitement la notion de scaled content abuse : produire beaucoup de pages principalement destinées à manipuler Search est considéré comme abusif, qu’elles soient générées par des humains, par automatisation ou par un mélange des deux.

Là encore, ce changement concerne Google Search dans son ensemble et ne prouve pas qu’une modification précise ait été apportée à Blogger.

Mais il décrit bien la pression qui s’exerce désormais sur les grandes plateformes de publication.

Et attention aux graphiques de 2023–2024

Il y a encore un piège.

Toutes les ruptures visibles dans les graphiques de performances ne correspondent pas forcément à une modification de la plateforme.

Les métriques elles-mêmes ont changé.

En avril 2023, CrUX signale par exemple une baisse du LCP liée à une modification excluant certaines images à faible entropie, ainsi qu’une correction du Paint Timing affectant notamment le FCP.

Puis, le 12 mars 2024, INP remplace officiellement FID parmi les Core Web Vitals. La différence n’est pas insignifiante : CrUX indiquait alors que 48,8 % des origines passaient les CWV avec FID, contre seulement 45,6 % lorsque INP était utilisé à sa place.

D’autres ajustements suivent encore pendant l’été 2024 : traitement des événements de scroll, améliorations du calcul de l’INP et modifications de Chrome Android affectant notamment LCP et INP.

Il serait donc dangereux de regarder une cassure dans une courbe et de l’attribuer automatiquement à Blogger.

Mais dans le cas présent, un détail est particulièrement utile : l’INP de Blogger reste bon alors que FCP, LCP et les Core Web Vitals mobiles se détériorent.

Le changement FID → INP peut expliquer une partie d’une rupture ponctuelle du graphique global.

Il n’explique pas la tendance de fond du chargement Blogger.

Alors, Blogger provoque-t-il les problèmes d’indexation ?

La réponse sérieuse est : pas nécessairement.

Il existe énormément de raisons pour lesquelles une URL peut ne pas être indexée : contenu dupliqué, canonicalisation, faible demande, qualité insuffisante, blocage robots, erreurs techniques ou simplement absence de priorité pour Google.

Google dit d’ailleurs explicitement qu’une page peut être explorée et malgré tout ne jamais être affichée dans Search si ses systèmes ne lui attribuent pas suffisamment de valeur ou de demande.

En revanche, les chiffres permettent de défendre une idée beaucoup plus raisonnable :

Les performances mobiles réelles de Blogger peuvent constituer un facteur aggravant lors de l’exploration.

Lorsque seulement une petite fraction des origines Blogger obtient un bon TTFB mobile et que Google explique lui-même qu’un serveur plus rapide peut lui permettre d’explorer davantage de pages, il serait tout aussi excessif de prétendre que ces deux phénomènes n’ont jamais aucun rapport.

La nuance est essentielle.

Un mauvais TTFB ne décide pas de l’indexation.

Mais Google ne peut pas analyser une page qu’il n’a pas encore correctement récupérée.

Blogger performe, oui mais…

Voilà finalement tout le paradoxe.

Blogger reste capable de servir des sites étonnamment rapides.

Ses scores Lighthouse sont même très honorables face à de nombreux CMS contemporains.

Une fois la page chargée, son comportement interactif réel est lui aussi plutôt bon.

Mais les données terrain montrent une autre faiblesse : sur mobile, Blogger souffre fortement pendant les premières étapes du chargement.

Et cette dégradation intervient alors que trois phénomènes se sont superposés au cours des dernières années : une infrastructure Blogger progressivement remaniée, une couche de thèmes dont la dernière grande génération remonte à près d’une décennie, et un Web où la quantité de contenu publiée et automatisée a explosé.

Ajoutons à cela un Google devenu intégralement mobile-first et des métriques dont les méthodes ont elles-mêmes évolué, et il devient difficile d’isoler un coupable unique.

C’est probablement justement là que se trouve la réponse.

Il n’y a peut-être pas eu le jour où Blogger est devenu mauvais.

Il y a plutôt eu une succession de petites transformations, de nouveaux usages et de nouvelles contraintes autour d’une plateforme créée en 1999 qui a continué d’évoluer sans jamais repartir d’une feuille blanche.

Et lorsqu’un utilisateur Blogger se demande aujourd’hui pourquoi une nouvelle page tarde à apparaître dans Google, regarder uniquement son sitemap ou cliquer une nouvelle fois sur Demander une indexation ne raconte peut-être qu’une partie de l’histoire.

Parfois, le problème commence bien avant l’indexation.

Il commence au moment où quelqu’un — utilisateur ou robot — demande simplement à Blogger : Donne-moi la page. …et attend la réponse.

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